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Les rigoles royales et leurs bornes

Vous souhaitez découvrir la rigole royale sur la commune de Maurepas. Découvrez la promenade le long de la rigole et de ses bornes.

Les bornes d’origine disparurent avec l’implantation de la ville nouvelle. Trouvez quelques spécimens ci-dessous:

Borne 14

Borne 15 (en centre ville)

Borne 8

Les rigoles de Maurepas

A Versailles, Louis XIV transforme le pavillon de chasse de son père. Sous Louis XIII, faute de source à proximité, ce bâtiment était alimenté par une pompe, mue par un cheval, qui relevait les eaux de l’étang de Clagny (asséché, c’est désormais un des quartiers de la ville de Versailles). Avec le « Roi Soleil », les besoins en eau s’envolent. Entre 1662 et 1674, deux pompes de la Tour d’eau sont actionnées par des chevaux. Elles seront ensuite complétées par trois moulins à vents qui utilisent des chaînes de godets.

L’augmentation de la capacité de pompage et la construction de réservoirs à proximité immédiate du château ne font que partiellement face aux nouveaux besoins. Ainsi, lors des premières « Grandes Eaux » le 17 avril 1666, il est impossible d’activer tous les jeux d’eau en même temps. Des fontainiers sont mobilisés pour ouvrir les vannes sur le trajet du roi et les fermer après son passage. De nombreux chantiers sont donc ouverts, sous la direction de Colbert.

Le bosquet des trois fontaines dans le parc de Versailles
Archives départementales des Yvelines, collection Malleray

Un deuxième pompage consiste à capter les eaux de la Bièvre. En 1670, le Moulin de Launay est mis en service ; c’est une gigantesque pompe actionnée par un moulin à eau. D’autres moulins à vent remontent l’eau depuis l’étang du Val jusqu’au sommet de la colline de Satory, d’où elle descend par gravité vers le château.

Dans le même temps, un réseau de drainage collecte toutes les eaux venant du nord de Versailles (Le Chesnay, La Celle-Saint-Cloud, …). Malgré ces efforts, l’eau manque toujours : l’étang de Clagny menace de s’assécher et les jets d’eau ne peuvent toujours fonctionner que par intermittence.

Pierre-Paul Riquet, le bâtisseur du canal du Midi, propose alors de détourner une partie de la Loire pour amener l’eau à Versailles. L’abbé Jean Picard, inventeur de la lunette à visée des géomètres et spécialiste du nivellement (la mesure des altitudes) démontre que cette entreprise est irréalisable ; le niveau de la Loire au lieu de captage proposé étant inférieur de plusieurs mètres à celui du parc.

Les relevés menés par l’abbé Picard sur le plateau de Trappes et en direction de Rambouillet prouvent qu’il est possible de réaliser un réseau de drainage, dont les eaux s’écoulent par gravité vers le parc de Versailles. En 1677 et 1678 sont creusés l’étang de Trappes (actuelle base de loisirs de Saint-Quentin-en-Yvelines) et les deux étangs de Bois-d’Arcy et Bois-Robert (tous deux asséchés au début du XIXème siècle). Un premier réseau de rigoles (rivières artificielles) et d’aqueducs les relient aux réservoirs Gobert.

Un second ensemble de rigoles et d’étangs est creusé entre 1679 et 1685 sur le plateau de Saclay. L’aqueduc de Buc (« Les Arcades de Buc ») assure le franchissement de la vallée de la Bièvre.

 Dans le même temps, les travaux de la Machine de Marly commencent en 1681. De nombreuses pompes, mues par 14 roues à aubes de 12m de diamètre, réalisent l’exploit d’élever les eaux du fleuve de 163 m. Cependant, son rendement est trop faible pour satisfaire les besoins.

 A la demande du ministre Louvois, Philippe de la Hire, disciple de l’abbé Picard, reprend en 1684 et 1685 l’extension du premier réseau de rigoles, en amont de l’étang de Trappes. Cet ensemble est dit « réseau gravitaire supérieur » car il amène les eaux par gravité au niveau des terrasses du château.          

  Il se compose d’une grande rigole nommée « Lit de rivière » dans laquelle se déversent des rigoles affluentes. Ce nouveau chantier voit le creusement de l’étang du Mesnil-Saint-Denis (étang des Noés) et des étangs de Hollande et des rigoles de Maurepas.

Plan général des étangs et des rigoles en 1812 Archives départementales des Yvelines, service des eaux

Poursuivant son travail de nivellement, La Hire détermine que la source de l’Eure est plus élevée que le parc de Versailles. Il convainc Louvois de faire creuser un canal depuis Pontgouin, près de Chartres, jusqu’à l’étang de la Tour. Le projet de La Hire et Louvois prévoit plusieurs passages en aqueducs, des traversées de vallées en siphon… L’imposant aqueduc de Maintenon devait marquer les esprits par son gigantisme, sa longueur et ses trois niveaux d’arcades d’inspiration romaine. Louvois nomme Vauban pour diriger cet immense chantier pour lequel 20 000 soldats sont mobilisés en 1686. La guerre de la ligue d’Augsbourg en 1688 et le manque de finances met fin aux travaux en 1692.  Seul le premier niveau de l’aqueduc de Maintenon est achevé.

Le projet d’amener les eaux de l’Eure à Versailles ne sera finalement jamais réalisé.

Les rigoles de Maurepas

La rigole de Maurepas commence sur la commune de Coignières, à une centaine de mètres du carrefour des Bruyères (près du centre équestre et du club d’éducation canine), à une altitude de 171 m. Elle traverse la RD13 (route de Montfort), chemine vers le nord jusqu’au bois, où elle oblique vers l’est. Elle contourne le point bas que constitue la place de la Croix Blanche (166 m) par le sud.

Sur cette première partie du trajet, et jusqu’à l’école de la Marnière, il est facile de suivre la rigole, aménagée en promenade. De l’autre côté de l’avenue du Perche, la rigole disparaît sous le bitume de la Ville Nouvelle. L’analyse du cadastre permet de reconnaître sa trace sur plusieurs centaines de mètres (square de Rohan, place de la Rance).

Suivant sa courbe de niveau, la rigole tourne ensuite vers le sud pour éviter la dépression où le ru de Maurepas prend sa source, puis elle se jette dans la retenue de Maurepas (des Bessières).

La rigole du Coudrai, qui se trouvait au nord de la commune, commence à l’emplacement actuel de l’école des Coudrays. Elle chemine d’abord en direction du sud-est, franchit le boulevard du Rhin au niveau du stade du Bois, puis oblique sud-ouest pour venir également se jeter dans la retenue de Maurepas. Cette rigole n’est plus visible sur le terrain, mais l’accotement planté qui borde l’avenue de Picardie suit fidèlement son trajet entre l’école des Coudrays et le centre aqualudique.

La retenue de Maurepas était une retenue d’eau artificielle, qui se situait au rond-point de Mopti. Comblée avant la création de la ville nouvelle, son nom figure encore sur le cadastre.

Pour rejoindre l’étang du Mesnil, la rigole partant de la retenue de Maurepas doit franchir la petite hauteur (170 m) sur laquelle a été construit le centre-ville de Maurepas.

Ce franchissement s’effectue par un aqueduc souterrain, long d’environ 600 m. Il s’enfonçait au niveau du milieu du mail, et débouchait au niveau de la place Gérard Ramon.

De l’autre côté du centre-ville la rigole chemine à nouveau à l’air libre. Elle traverse la RN10, puis son passage est encore partiellement visible sur la commune de la Verrière.

Cheminement des rigoles mis en évidence sur le plan d’intendance de la paroisse de Maurepas (1787)
Archives départementales des Yvelines / maurepas d’hier et d’aujourd’hui



Plan de Maurepas (début des années 1970) sur lequel figure encore le tracé de la rigole royale sous le nom « d’aqueduc » des eaux de Versailles ».
Plan de la résidence « le Bois de Maurepas » faisant apparaître le tracé de la « rigole du coudrai » » (vers 1968).

Comme le plateau de Trappes, le plateau de Maurepas, terre argileuse et imperméable, est souvent recouvert par des eaux stagnantes. La toponymie en garde la trace : la Mare aux Saules à Coignières, les Sept Mares à Élancourt. Pour les paysans du XVIIe siècle , le creusement des rigoles royales qui assure l’assainissement et la fertilisation des terres constitue donc un progrès.

Cependant, en détournant vers Versailles les eaux du plateau, les rigoles de Maurepas privent le ru de Maurepas d’une grande partie de son débit, ce qui n’a sans doute pas été sans conséquence sur les activités en aval.

Les années passant, les rigoles royales qui ne sont plus protégées par la crainte du roi, ni entretenues par ses ingénieurs et ouvriers, sont progressivement « annexées » par les paysans riverains et remplissent de moins en moins leur rôle de drainage.

Plusieurs missions de reconnaissance sont menées à la fin du XVIIIe siècle puis sous le Consulat pour cartographier le réseau et affirmer son emprise. C’est désormais une propriété nationale. Sous la Restauration, les rigoles sont rigoureusement bornées par des équipes de géomètres.

De 1819 à 1824, l’administration du Domaine de la couronne effectue donc plusieurs missions à Maurepas. Ces missions font l’objet d’un rapport d’une cinquantaine de pages manuscrites, consultable aux archives départementales des Yvelines. C’est de cette époque que semblent dater les bornes à fleur de lys qui marquent l’emprise des rigoles, et non du temps du Roi Soleil.

La rigole contemporaine

Retenue de Maurepas asséchée (photo aérienne de Maurepas 1950)

En 1964, dès le projet de la ville nouvelle, les rigoles ont eu leur importance.M. Raymond Berrurier, Maire du Mesnil Saint-Denis s’oppose à l’implantation de la ville nouvelle en s’appuyant sur la présence de rigoles royales.

Finalement, M. Jacques Riboud, promoteur immobilier, a pu construire la ville nouvelle de Maurepas.L’architecte M. Roland Prédiéri a conçu un plan qui prenait en compte le parcours de ces rigoles. Le 8 janvier 1968, le Conseil Municipal, présidé par M. Paul Drussant, maire, décide l’achat des rigoles pour les protéger.De 1980 à 1992, la rigole de Maurepas est aménagée en promenade.

Le « Comité de Sauvegarde de Maurepas Village » devenue « Maurepas d’hier et d’aujourd’hui » propose de valoriser l’emprise de la rigole en faisant tailler des bornes à 4 faces gravées d’une fleur de lys.En 1993, 2000 et 2003 l’association fait installer 11 bornes.

Sur le tracé de la rigole subsistent 4 bornes anciennes : 2 bornes à leur emplacement d’origine et 2 réimplantées suite à des dons.  

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